Il arrive souvent, lorsqu’on parle de la crainte de Dieu, que certaines personnes y associent l’idée de devoir “travailler pour son salut” avec crainte et tremblement. Mais cette expression, sortie de son contexte, peut nous faire basculer dans une vision légaliste et angoissée… alors que Paul parle à des croyants déjà sauvés, en leur rappelant comment vivre pleinement leur foi.
1. Le contexte : une exhortation, pas une menace !
Quand Paul écrit “Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement” (Philippiens 2:12), il ne parle pas à des incroyants en quête de salut. Il s’adresse à une Église fidèle, déjà née de nouveau, qu’il encourage à marcher dans l’unité, l’humilité et l’obéissance à l’Esprit.
Ce n’est donc pas une menace, ni un retour à la Loi du Sinaï. C’est un appel à vivre sérieusement la foi qu’ils ont déjà reçue, dans un profond respect de ce don incroyable qu’est le salut, et à reconnaître ce cadeau inouï avec un cœur reconnaissant. Conscient de sa propre nature et du fait que sans l’œuvre de Jésus-Christ, cette reliance avec Dieu ne serait pas possible.
2. Le salut ne s’obtient pas, il se reçoit !
Le salut n’est pas un diplôme qu’on décroche après avoir coché toutes les cases.
“C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.” (Éphésiens 2:8)
Travailler pour son salut, ce serait vouloir mériter ce qui a déjà été donné gratuitement par la croix.
3. Travailler à son salut, c’est différent : c’est faire fructifier ce qu’on a déjà reçu.
Il ne s’agit pas de gagner le salut, mais de chérir ce que nous avons reçu, de considérer cette œuvre merveilleuse accomplie dans notre vie comme une graine qui a été plantée avec délicatesse, de regarder cette graine avec beaucoup de tendresse, d’amour, et de dire à Dieu : « Fais pleuvoir, fais descendre la rosée, je veux grandir dans l’amour. » Nous ne fabriquons ni la graine, ni l’eau, c’est Lui le Créateur de toutes ces choses qui contribuent à notre croissance physique, humaine et spirituelle. Alors, comment pourrions-nous prétendre travailler à notre salut ? Ce n’est pas possible. Ce que Dieu recherche, c’est des cœurs reconnaissants pour ce qu’Il a fait, des cœurs qui n’oublient pas, contrairement au peuple d’Israël qui a erré quarante ans dans le désert parce qu’il avait oublié.
D’ailleurs Paul, précise juste après :
“Car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir.” (Philippiens 2:13)
Autrement dit : Dieu agit en nous, et notre rôle, c’est d’y coopérer avec un cœur humble et reconnaissant.
4. Crainte et tremblement : pas la peur du jugement, mais la révérence devant la grâce
Cette “crainte” n’est pas celle d’un esclave terrorisé, mais celle d’un cœur saisi par l’amour.
Ce tremblement n’est pas celui de l’Ancienne Alliance, où la Loi faisait peur et tenait à distance. Ce n’est pas au Sinaï que nous vivons, mais dans la grâce de Sion, auprès d’un Père qui a tout donné.
Sinaï ou Sion ?
Le mont Sinaï :
C’est la montagne de la Loi, là où Moïse a reçu les dix commandements.
Atmosphère ? Feu, tonnerre, tremblement, peur.
On y découvre un Dieu saint, puissant, mais lointain, qui parle à travers un intermédiaire.
Le Sinaï représente :
- L’Ancienne Alliance
- La Loi écrite sur la pierre
- L’obéissance extérieure
- Une relation basée sur la crainte du jugement
Le mont Sion :
C’est la montagne de la grâce, celle de Jérusalem, là où Christ a été crucifié et ressuscité.
Atmosphère ? Joie, louange, proximité, révélation.
On y découvre un Dieu présent, proche, accessible, qui habite désormais en nous.
Sion représente :
- La Nouvelle Alliance
- La loi écrite dans le cœur
- Une vie conduite par l’Esprit
- Une relation fondée sur l’amour et la liberté
Hébreux 12:18-24 en fait un parallèle puissant :
“Vous ne vous êtes pas approchés d’une montagne qu’on pouvait toucher… mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant…”
En résumé :
- Sinaï, c’est la peur de mal faire.
- Sion, c’est la joie de marcher avec Dieu.
5. La justice selon la Nouvelle Alliance : l’amour accomplit tout !
Sous la Nouvelle Alliance, la justice n’est plus un effort personnel pour obéir à la Loi, mais un fruit de l’Esprit qui agit en nous.
“L’amour ne fait pas de mal au prochain : l’amour est donc l’accomplissement de la loi.” (Romains 13:10)
La Loi s’écrivait sur la pierre ; aujourd’hui, elle s’écrit dans le cœur. Et ce cœur ne tremble plus de peur, mais vibre d’amour.
Conclusion : ne revenons pas au Sinaï
Le salut ne se mérite pas, il se manifeste. Et si crainte et tremblement il y a, ce n’est plus dans la terreur, mais dans l’émerveillement.

